Notre virée champenoise

Une trajectoire toute tracée autour du roi meunier, cépage oublié. Longtemps rendu muet, le meunier ne dort pas chez Jérôme Prévost et Alexandre Chartogne !


Les deux hommes, héritiers du savoir d'un certain Anselme, sont aujourd'hui les fers de lance d'un mouvement en pleine effervescence, celui du champagne vivant, épuré et lumineux.

On commence notre route à Gueux chez Jérôme Prévost qui nous accueille le matin dans un chai à hauteur de vignes.

La fenêtre donne sur les ceps d'une petite parcelle complantée qui rentre dans l'assemblage de sa cuvée Les Béguines.

Deux hectares vendangés lors des belles années, c'est tout pour le monde entier.

Dégustation des Béguines 2015, 94% meunier en sélection massale. Sans exubérance ni austérité, le nez s'ouvre avec clarté, sur des notes de sauge, verveine et peaux d'agrumes, un végétal noble qui tranche avec une bouche pleine de chair et de mâche.

Simplicité émouvante d'un fruit mûr (trop rare en Champagne) et sain, dont les tanins structurent le vin et laissent une dimension tactile dantesque.

On se saignerait pour Fac Similé 2016, le rosé d'assemblage, où le meunier des Béguines compose à grande majorité le vin de base. La rose fraîche se fond aux amers sanguine, et quelle longueur !

La bulle nous ayant ouvert l’appétit, nous poursuivons le voyage dans le village de Merfy, chez Alexandre Chartogne. Le jeune élève prodige nous emmène vite observer le chantier d'un futur chai de vinification.


Là, tout s'orchestre de façon à aller encore plus loin, accompagner le vin sans triturer les moûts. L’intérêt d'Alexandre pour ses parcelles cadastrées est presque religieux, on lui reconnaitrait un esprit bourguignon.


A  croire qu'ailleurs, la Champagne a parfois oublié la diversité de son terroir. Entre les bulles, le vigneron nous donne une lecture précise du sous sol champenois à travers un cépage, sur une année donnée.


Démonstration avec une dégustation du grand millésime 2012 :


Les Couarres, assemblage de pinot noir et chardonnay, a le nez expressif et séducteur. Il exalte ses notes frangipanes,  fleurs de cerisier. La bouche est large, déliée, expression d'un raisin exposé plein sud et peu dosé.
Les Barres, meunier pré-phylloxérique, prend racine entre calcaire et sables. Le vin se montre d'abord plus austère, c'est une cathédrale de tension qui se réveille et se déploie avec longueur. Impressionnant !

En reprenant la route vers Paris, nous nous arrêtons à Vandières, chez Flavien Novack. Dans la Vallée de la Marne encore trop méconnue, où le classement s'est arrêté. Flavien appose avec humour ses "autres crus" sur les étiquettes.

Le garçon de 28 ans achève son cursus œnologique à Avize, joue avec quelques barriques du papa avant de se lancer, tout premier millésime en 2012.


Inspiré par des irréductibles comme Benoit Lahaye ou Emmanuel Brochet, le vigneron s'engage directement dans  une viticulture propre et le moins interventionniste possible, avec une connaissance précise de son terroir et un travail des lies méticuleux.


Le choix du parcellaire et du mono cépage s'impose. Nous sommes séduits par la micro cuvée "Arpents Rouges" (658 bouteilles), assemblage majoritaire de meunier et chardonnay, sur veines de grès.


Vineux et infusé, le champagne s'ouvre sur un nez frais, presque chlorophyllien. La texture tannique est surprenante et de fins amers achèvent de nous combler. On en redemande, et nous suivrons à La Cave du Château de (très) près le domaine...

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