Lhéraud, XO Eugènie
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Le producteur
Lheraud
Au lieu-dit Lasdoux, sur la commune d'Angeac-Charente, la maison Lhéraud cultive la vigne et distille ses eaux-de-vie depuis plus de trois siècles. Restée familiale et indépendante, elle compte aujourd'hui parmi les rares propriétés de Cognac à assurer elle-même l'ensemble de la chaîne, du raisin à la bouteille, et à avoir bâti sa réputation non sur un assemblage signature, mais sur une collection de cognacs millésimés que peu de maisons peuvent revendiquer. Ancrée dans le cru de la Petite Champagne, Lhéraud incarne une approche patiente et précise du cognac, à rebours des logiques de volume.
L'histoire de la famille remonte à 1680, lorsque Alexandre Lhéraud plante ses premières vignes en Petite Champagne. La distillation devient une activité à part entière en 1802, mais les eaux-de-vie sont alors vendues en vrac aux grandes maisons de négoce, comme le voulait l'usage de la région. Le tournant intervient en 1970 : Guy Lhéraud décide de cesser ces ventes en vrac et de commercialiser sous son propre nom des réserves patiemment accumulées au fil des décennies. Cette décision fonde la marque telle qu'on la connaît aujourd'hui et donne son sens à la profondeur de son stock de vieux millésimes. Plusieurs générations se sont depuis succédé sur le domaine, avec la même volonté de garder la production entre les mains de la famille.
Le vignoble s'étend sur environ quatre-vingts hectares, majoritairement situés en Petite Champagne, deuxième cru de la hiérarchie cognaçaise, réputé pour ses sols argilo-calcaires et ses eaux-de-vie fines, rondes et d'une belle longueur. L'ugni blanc y domine largement l'encépagement, complété par le colombard et la folle blanche. Cépage à maturité tardive, l'ugni blanc donne des vins blancs naturellement acides et faiblement alcoolisés, des caractéristiques recherchées pour la distillation, car cette acidité contribue à préserver la fraîcheur du vin et favorise l'élaboration d'eaux-de-vie aptes à un long vieillissement. Le domaine possède par ailleurs des parcelles et des stocks issus de plusieurs des six crus de la région : cette diversité de terroirs rend possibles les embouteillages mono-cru qui font la singularité de la maison.
Les vins sont distillés selon la méthode charentaise traditionnelle, en double chauffe, dans de petits alambics en cuivre, tout au long de l'hiver. La particularité technique de Lhéraud tient à la distillation sur lies : les lies fines, conservées dans le vin lors de la chauffe, apportent davantage de corps, de gras et de complexité aromatique à l'eau-de-vie naissante. C'est une pratique exigeante, plus délicate à conduire et moins répandue qu'autrefois, que la maison a maintenue par choix de style. Le résultat se lit dans la texture des cognacs, plus enveloppante, et dans une matière aromatique qui gagne en densité avec le temps.
L'élevage se déroule dans cinq chais en pierre blonde de Charente, tenus à des degrés d'humidité différents, entre lesquels les fûts sont déplacés au gré de l'évolution de chaque eau-de-vie. Le bois provient principalement des chênes du Limousin, réputés pour leur grain large et leur capacité à céder tanins et arômes, le Tronçais intervenant sur certaines cuvées. Au fil des années se développe le rancio charentais recherché des amateurs, avec ses notes de fruits secs, de sous-bois, de cuir et d'épices douces.
Fidèle à sa recherche de pureté, la maison réduit sa gamme classique avec des petites eaux, c'est-à-dire une eau-de-vie elle-même vieillie en fût plutôt qu'ajoutée telle quelle, afin de ramener le degré sans casser les arômes. Les millésimes, eux, sont mis en bouteille sans réduction, à leur degré naturel, souvent entre quarante-cinq et quarante-neuf pour cent. Les cognacs les plus rares sont embouteillés à la main, après une simple filtration sur papier, sans filtration à froid, jugée trop appauvrissante. Les étiquettes calligraphiées à la main par Andrée Lhéraud prolongent, sur le flacon, ce même souci de l'ouvrage soigné.
L'offre s'organise en une progression cohérente, du plus accessible au plus rare. Les VS, tels le Terres & Bois issu de Petite Champagne, ouvrent la gamme sur des cognacs frais et fruités, aux notes de raisin, de vanille et de crème brûlée. Le VSOP gagne en rondeur et en épices douces avec quelques années de fût supplémentaires. Au-dessus se placent les cuvées d'âge, dont la Cuvée 20 Renaissance, assemblage vieilli une vingtaine d'années, aux arômes d'agrumes confits, de fruits secs, de vanille et de cannelle. Le sommet de la gamme d'assemblage réunit plusieurs XO et de grandes carafes, parmi lesquelles le XO Charles VII, âgé de quarante ans, où se croisent fruits noirs, café torréfié, noisette grillée et une finale d'une grande persistance.
C'est toutefois dans ses cognacs millésimés que la maison exprime pleinement sa différence. Lhéraud figure parmi les rares propriétés à proposer un tel éventail d'années précises, des décennies 1960 à 1990, chaque flacon provenant d'une seule récolte et d'un seul cru. Au-delà de la Petite Champagne, on y trouve des embouteillages de Grande Champagne, de Fins Bois, de Bons Bois et de Borderies, ces deux derniers crus étant rarement proposés en millésime par les maisons de Cognac. Cette collection fait de Lhéraud une référence pour les amateurs de vieux cognacs et les collectionneurs à la recherche d'une véritable lecture du temps et du terroir, année après année.
La maison élabore enfin des Pineaux des Charentes, dont un rare Pineau François 1er vieilli plus de cinquante ans, vin de liqueur d'une grande richesse mêlant miel, fruits confits et noisette, ainsi qu'une gamme d'armagnacs Gaston Legrand.